Article de "La Marne" du jeudi 3 juin 1999.

Interview du Dr François BLANCHON, Président de l'association "Mieux Vivre Sans Tabac"

Dr BLANCHON, pourquoi une exposition sur le thème de la pollution alors que vous nous aviez habitués à des conférences sur le tabagisme chaque 31 mai ?

Effectivement, depuis sa création en 1987, nous avons systématiquement relayé la "journée mondiale sans tabac" de l'organisation mondiale de la santé en invitant des conférenciers autour du thème choisi par l'OMS, et nous n'avons pas dérogé à cette règle puisque nous avons invité la semaine dernière à l'hôpital un spécialiste de la nicotine, ce qui concordait avec le thème 99 "C'est décidé, j'arrête!". En effet, le principal obstacle à l'arrêt du tabagisme, c'est bien la dépendance à la nicotine, drogue contenue dans la fumée de cigarette. Cependant, en tant que pneumologue, je constate quotidiennement les méfaits des substances toxiques que nos concitoyens inhalent volontairement ou non, fumée de tabac bien sûr, mais également d'autres polluants en suspension dans l'air. Et lorsque le Comité National contre les Maladies Respiratoires et la Tuberculose (CMRT ) - dont je fais partie - a initié le projet, j'ai immédiatement réservé cette exposition "L'air que l'on respire" avant même qu'elle soit inaugurée en janvier dernier à la Cité des Sciences et de l'Industrie durant le Congrès de Pneumologie. C'était en quelque sorte faire d'une pierre deux coups, en abordant le thème du tabagisme autour du 31 mai, et en informant la population sur la pollution en général car c'est un sujet qui passionne de plus en plus, alors que l'on n'en a, en général, qu'une connaissance très approximative.

Y a-t-il un lien avec les propos récents du ministre de la Santé ?

C'est une coïncidence que le rapport sur les méfaits de la pollution ait été rendu public en avril. Nous savions, nous médecins, combien la population peut souffrir de la pollution, tant sur le plan pulmonaire que cardiaque, et que certains souffrent plus que d'autres, les enfants et les personnes âgées surtout, mais aussi les insuffisants respiratoires et les malades cardiaques chroniques. Annoncer que 200 décès annuels sont directement ou indirectement liés à la pollution, c'est sûrement une bonne façon d'alerter la population et de la faire adhérer aux mesures réglementaires visant à la réduire (pastille verte, contrôles des véhicules automobiles, etc÷), mais l'essentiel est de trouver des solutions efficaces et de les mettre en application. Ce n'est pas le rôle des médecins mais celui des pouvoirs publics, des industriels et même de chaque individu qui peut limiter sa propre production de pollution et se protéger individuellement, dans une certaine mesure. Les pouvoirs publics ont commencé à traiter le problème et certains industriels suivent: la pollution industrielle a nettement diminué durant ces dernières années, sauf sur certains sites bien particuliers. La circulation automobile qui représente maintenant la source principale ne cesse d'augmenter malgré la pression fiscale, mais on constate quelques améliorations: plus que l'apparition de véhicules dits "propres" électriques ou GPL, encore peu nombreux, c'est la dépollution par les pots catalytiques ou la diminution des rejets toxiques des diesels qui représentent des avancées notables. Cependant, il faudra attendre le rajeunissement du parc automobile, et cela va prendre plusieurs années. Et puis, sommes nous toujours obligés d'utiliser un véhicule à moteur pour chaque déplacement?

En quoi consiste cette exposition ?

C'est un circuit qui nous apprend à connaître et à respecter l'air qui nous entoure, les différents types de pollution, leurs effets sur l'organisme. Ensuite sont abordés les moyens de reconnaître la pollution et de s'en protéger. L'information est précise et didactique, avec de grands panneaux explicatifs mais aussi des maquettes et des bornes interactives pour qu'elle ne soit pas ennuyeuse. Il faudra presque une heure pour en faire le tour, mais je crois que l'on ne voit pas le temps passer lorsque l'on est passionné. Elle devrait plaire à un public très large, et tout particulièrement aux adolescents dont la curiosité est sans limite. Nous sommes très attentifs à ce point. Depuis plusieurs années notre association va parler du tabac dans les écoles et les collèges et nous avons souhaité que les jeunes puissent y assister. C'est ce qui nous a incités à installer l'exposition au théâtre Luxembourg, à côté de la médiathèque qu'ils fréquentent régulièrement. Nous avons aussi facilité l'accès aux collégiens en organisant des visites de classes avec leurs professeurs. La gratuité de l'accès et la durée de l'exposition (2 au 12 juin) sont également de nature à permettre à tous ceux qui le souhaitent de venir. De plus, un site internet  a spécialement été mis en place pour l'occasion. Enfin, nous avons trouvé dans la Caisse d'Assurance Maladie et dans la municipalité des partenaires motivés sans lesquels ce projet n'aurait pu voir le jour.

Dr BLANCHON, merci pour ces explications. Nous ne manquerons pas de visiter votre exposition sur "L'air que l'on respire", d'autant plus que Meaux, si j'ai bien compris, est l'une des premières villes où elle est installée, et nous en reparlerons la semaine prochaine.



 
 

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